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Notre exil à Dénia - PAGE 06
Dénia et son histoire du 23 novembre 2018
Bon, me voilà de retour après une semaine d’interruption pour vous livrer les récits de notre exil en Espagne. Certains nous suivent assidûment et c’est encourageant. Il s’agit avant tout de vous faire part, sans prétentions aucunes, de notre changement de mode de vie basé sur l’alternance d’une vie en France et en Espagne pour notre retraite. Bien entendu, notre passion pour la ville qui nous accueille facilite grandement notre intégration et la réalisation de nos récits. Bref, aujourd’hui je reprends du service et il faut avouer que depuis le retour d’Hélène en France la météo ne m’aide pas dans ma réorganisation. La journée est maussade ; mais il fait tout de même 17 degrés, et il me prend de me pencher sur Dénia et son histoire. Me voici donc parti pour une balade dans l’enceinte de la ville. Il faut dire que Dénia est le fruit d’une grande variété de cultures. Ibères, romains, musulmans et chrétiens ont laissé leur empreinte à travers les monuments, les musées, les restes archéologiques et dans les quartiers. Ses origines remontent au Ve siècle avant Jésus Christ ; c’est l’époque Ibère. Je démarre mon périple en me rendant sur la « Punta de Bénimaquia », ou l’on peut normalement apercevoir des vestiges archéologiques indiquant que vivaient ici Ibères, Phéniciens et Grecs. Après avoir vainement cherché les restes de ces vestiges, je n’aperçois que quelques amas de pierres çà et là. Pas certain d’être au bon endroit, je profite néanmoins du paysage avec, au loin, la mer, le château sur son promontoire et le port. On a récemment identifié une installation destinée à la production de vin, ainsi que la présence d’amphores indigènes qui imitent le type phénicien contemporain et qui étaient probablement destinées à contenir ladite production. Les Ibères battirent des villes, cultivaient les plaines et en ce qui concerne la religion, enterraient leurs morts et priaient des dieux.
Je redescends maintenant sur la ville et me voici sur la place où convergent les rues « La Mar » et « Fora Mur » ou des travaux effectués, en juillet dernier pour l'installation de conteneurs enterrés, ont mis en lumière deux importantes découvertes archéologiques. Il s’agit d'une inscription épigraphique appartenant à un monument funéraire ou l’on peut lire six lignes de texte incomplètes : « À Pompeia Maxima, qui a vécu 36 ans. Nonius Victor à sa chère femme », et la deuxième constatation confirme que dans ce domaine a été construit, au XIe siècle, un grenier à blé et une auberge. Ces découvertes récentes remontent à l’époque romaine ou Dénia se nommait « Dianium ». Là encore, je ne distingue pas la moindre trace de ces vestiges mais je poursuis néanmoins ma progression historique. La grandeur de la ville à cette époque reposait en grande partie sur son emplacement et à l'importance de son port. Elle était devenue un centre de redistribution de produits provenant d’Afrique du Nord et d’Italie. La ville atteint alors son apogée. Au Xème siècle avec l'arrivée des musulmans, Dénia (Daniya) connut une période de grandes richesses avec un essor économique très important qui l'amena à devenir le royaume de Taïfa en battant sa propre monnaie : le dinar d'or. Au début les champs étaient complètement cultivés de figuiers et de vignes. Les musulmans introduisirent l’irrigation à l'aide de moulins, de puits, de réservoirs et des canaux pour la distribution de l'eau. Des nouvelles plantations furent implantées : coton, riz, orangers, abricots, favorisant ainsi l'accès à la population aux richesses provenant du travail de la terre. L'artisanat, soit en cuir ou en bois, vécu aussi un grand développement pendant cette période grâce aux nouvelles connaissances apportées par les nouveaux venus. Le port de Dénia pris une place importante dans l'importation et exportation de raisins secs. Pendant cette période, Daniya figure parmi les 100 villes principales de l'Espagne musulmane. Le château de Dénia, fut construit lors de cette période et était utilisé comme la résidence des rois. Diverses incursions par voie maritime furent effectuées sur les côtes de Gênes, Pise, en Toscane et en Lombardie. Lors de la conquête chrétienne de Dénia en 1224, des privilèges furent octroyés aux habitants chrétiens de Dénia : maisons, terres, moulins et un tout nouveau gouvernement fut instauré.
En 1575, Miguel de Cervantès ; l'auteur de Don Quichotte, fut capturé par les corsaires berbères et emprisonné à Alger. Il tenta plusieurs fois de fuir ses cachots d'Afrique du Nord sans succès. En 1580, les pères trinitaires payèrent sa rançon, soit environ 500 ducats équivalant à 20 000 euros aujourd'hui. La légende veut que, lorsque qu’il rentra au pays des chrétiens, la première chose qu’il a faite fut de s'agenouiller pour embrasser le sol de Dénia. En 1609 le roi Felipe III ordonna que tous les musulmans soient expulsés d'Espagne. C'est depuis le port de Dénia qu'embarquèrent les musulmans du royaume. Au XIXe siècle, Dénia entre dans une période de splendeur économique grâce au commerce du raisin sec. L’exportation vers des villes européennes nécessita la construction de la voie ferrée Dénia - Carcaixent. La production représentait plus de 400 000 quintaux puis, au début du XXe siècle, une infestation par le phylloxéra mit un terme à l’exploitation du raisin. On y développa alors, la production d’agrumes et l’industrie du jouet.
Du 18 juillet 1936 au 1er avril 1939 l’Espagne subit la guerre civile. Ce conflit opposa le camp des républicains composé de loyalistes à l’égard du gouvernement légalement établi lors de la IIe République, et les nationalistes, le camp des rebelles putschistes mené par le général Franco. Cette guerre se termina par la victoire des nationalistes qui établirent une dictature qui dura 36 ans, jusqu’à la transition démocratique qui n’intervint qu’à la suite de la mort de Franco, le 20 novembre 1975. Les bombardements sur les villes et leurs civils fut devenue une tactique militaire dans la guerre civile espagnole. Compte tenu de la supériorité aérienne des nationalistes, pendant une grande partie de la guerre, la plupart de ces bombardements ont eu lieu sur les zones républicaines comme à Dénia. Les autorités républicaines afin de protéger la population ont créé le Conseil Central de la Défense Passive (Junta Central de Defensa Pasiva), dont la principale mission était de protéger la population des bombardements de l’aviation franquiste. Ces institutions, en collaboration avec les conseils locaux, avaient comme responsabilité la construction d’abris ainsi que la publication d’une série de brochures fournissant les informations techniques nécessaires pour les voisins et les associations pour construire leurs propres abris. Dénia, pour son importance commerciale, sera l’un des ports de la Communauté Valencienne qui subira le plus de bombardements. Pendant trois longues années, Dénia va subir des bombardements et autres attaques visant à détruire les industries d’armement, qui précédemment étaient destinées à la fabrication de jouets. Par mer, et pas loin de la digue du port, à partir des porte-avions “Canarias” et “Baléares” vont être effectués 78 bombardements sur la ville, laissant un total de 36 morts. L’attaque la plus meurtrière est survenue le 18 octobre 1938, en tuant 12 personnes et blessant 18 autres. Pendant ce temps, la ville se défendait avec des batteries stationnées dans Les Marines et Les Rotes. Un tunnel de 200 mètres, au-dessous du rocher du château, fut construit entre 1937 et 1938 par l’État Républicain de Dénia, pour que la population puisse se réfugier lors des bombardements de l’aviation nationaliste.
Après la guerre, le tunnel est resté ouvert reliant ainsi deux parties de la ville. Il a deux entrées, une est située dans le centre historique de la ville, et l’autre dans la paroi nord du château. Dans la nuit du 2 novembre 1936, plusieurs personnes ont été lancés depuis la Plana du Montgó, dans un gouffre de 70 mètres de profondeur. Les corps d’au moins 21 victimes ont été retrouvés suite à cette « Nuit du gouffre ». En novembre 1939, 51 personnes, dont un ancien maire de Dénia, le socialiste Salvador Beltrán ont été fusillés contre un des murs du cimetière. Le 18 octobre 2018, jour du 80e anniversaire de la guerre civile, une plaque commémorative a été installé dans la rue « La Via », sur les lieux de la tragédie, pour rendre hommage à toutes les personnes décédées dans les attaques aériennes et maritimes de la guerre civile.
Visite de Xalò du 15 novembre 2018
Après une nuit d’orage, le ciel nous annonce visiblement une journée particulière. Que nous réservera-t-elle ? Nous destinerons ce jour à la visite de Xaló (Jàlon en Castillan), petit village typique dont nous vous avions déjà parlé et qui se situe dans la vallée du Pop.
Nous faisons un petit arrêt à Gata de Gorgos avant de pénétrer dans les terres et d’escalader la montagne. En effet, ce village semble présenter quelques charmes d’artisanat traditionnel dont nous ne sommes pas insensibles. Gata de Gorgos est connue pour ses fabriques de guitares, de chapeaux, de sacs à main, de mobilier en rotin et de mosaïques ; tout un programme que nous ne ferons que partiellement.
Après avoir franchi les reliefs, nous redescendons sur Lliber dans la vallée située entre la Sierra de la Solana et la Sierra de Bernia. Nous voici maintenant à Xaló pour une visite des lieux. Comment passer dans ce village sans visiter son « rastro », marché aux puces et d’antiquités spécialisé en mobilier antique. Très connu sur la Costa Blanca, il est situé le long de la rivière Xaló et ravit les amateurs de toutes nationalités. En poursuivant notre visite, un établissement nous interpelle ! Des posters géants de cyclistes d’un autre temps en devanture nous invitent à prendre un café entre deux averses. Nous faisons facilement connaissance des « maîtres des lieux ». Il s’agit d’une famille belge installée depuis 3 ans, se consacrant à l’organisation de séjours de préparation pour les équipes cyclistes. Hébergement, restauration, location de vélos, accompagnement sur routes d’entraînement, soins, tout a été pensé pour offrir aux professionnels comme aux amateurs, le confort nécessaire à un séjour agréable de vélo.
La pluie menace et nous nous réfugions dans la bodega « Cooperativa Virgen Pobre ». Les différents vignobles qui produisent les vins vendus dans cette cave coopérative se trouvent en majorité dans les terres limitrophes de Xaló, Lliber et d’Alcalali. Cette coopérative est reconnue comme étant la première cave de la contrée et nous nous prêtons volontiers à une dégustation (avec modération) de vins, mistelles et vermouth ; les produits « phares » ici étant le Moscatel (Mistela) et le Mistela Vall tinto de Gorgo. Le soleil se couche et nous poursuivons notre visite sous les averses. Nous voilà maintenant devant l'ermitage de Santo Domingo. Cette chapelle a été construite entre 1691 et 1697 et a ouvert ses portes le 2 février 1699. Elle a apparemment été fondée par la fraternité de la Vierge du Rosario, le saint dominicain étant un propagateur enthousiaste de la prière du chapelet. Pendant quelque temps, elle remplit la double fonction de chapelle et d'école et, au cours de son histoire, elle connut des périodes de splendeur et d'abandon, raison pour laquelle elle dut être restaurée à diverses occasions. Elle bénéficie actuellement d'un excellent état de conservation.
Nous arpentons des ruelles étroites et tortueuses, caractéristiques de l’époque arabe pour nous rendre à la boucherie « Galan ». Nous avions découvert les produits de ce cet artisan boucher sur un marché local bien que nous ayons exclu la charcuterie de notre alimentation. Nous avions apprécié sa « Morcillas » boudin aux épices déjà cuit, qui se déguste chaud ou même froid sur un toast. Après quelques achats destinés à faire découvrir à nos enfants la gastronomie locale, nous arrivons sur une petite place ou se dresse l'église de Santa María. Ce qui nous surprend à chaque fois que nous trouvons devant un édifice religieux, c’est l’aspect démesuré ainsi que le parfait entretien des lieux témoignant d’une ferveur religieuse incomparable avec celle de la France de nos jours. De style néoclassique, cette église fut construite au début du XIXe siècle. On y trouve l’image de la patronne de Jalón, la Mare de Déu Pobra. Au retour de notre expédition, nous apprenons avec un immense bonheur que les signes observés ce matin dans le ciel annonçaient un heureux événement. En effet, notre quatrième petit enfant à vu le jour à 21 heures et nous en sommes très fiers. Lola vient d’agrandir notre famille, elle se porte à merveille. Hélène prendra l’avion dimanche pour l’accueillir. Je poursuivrais donc désormais seul cette partie de notre exil jusque janvier 2019.
Sorties vélo dans la « Marina Alta » du 10 novembre 2018
Une sortie VTT pour Hélène et une sortie route pour moi étaient au programme de la journée. Il existe à Dénia une voie verte qui serpente à travers les orangers, tracée sur l’ancien trajet de train Dénia – El Vergel. Le parcours balisé renseigne ses utilisateurs grâce à des panneaux d’information. Peu fréquentée à cette période de l’année, Hélène y fait quand même quelques rencontres !
Il faut reconnaître que la  région de la « Marina Alta » située entre Dénia et Calp, constitue un excellent terrain pour les pratiques cyclistes (VTT et route) de tous niveaux. Le profil abrupt et accidenté de la côte permet de découvrir des falaises, des îles et des réserves marines, des grottes, des tours de guet, des moulins, des sentiers de pêcheurs, des montagnes se jetant dans la mer et des vergers de fruits enivrants. Son climat a attiré, il y a de cela des siècles, les Phéniciens, les Grecs, les Romains, les Arabes, les Chrétiens et même les pirates barbaresques, alors, peut-on aujourd’hui, se considérer comme des envahisseurs chevauchant des montures d’acier ? (où de carbone).
Actuellement la principale source économique de la Marina Alta est le tourisme, même si à l’intérieur des terres l’agriculture est de rigueur comme la pêche dans les zones côtières. Cette province d’Alicante dont le chef-lieu est Dénia, appartient à la communauté valencienne. Pour ma part, j’ai opté pour une sortie très vallonnée sur la côte en direction du Sud jusqu’à Benissa pour revenir par l’intérieur des terres. Sur ma route, une silhouette qui ne m’est pas inconnue, m’interpelle. Devais-je considérer ces montagnes qui se dressent désormais devant moi comme des moulins à vent ? Point de Sancho Panza pour me prévenir d’une éventuelle hypoglycémie ou pour me renseigner de la nature de cette nouvelle menace ! Qu’à cela ne tienne, je terminerais ma ballade en Marina Alta malgré une crevaison avec 92 kilomètres au compteur et 1027 mètres de dénivelé positif.
Par ordre chronologique
Par rubriques
Par récits
Méditation du 1 er octobre 2018 Visite de Xalò du 15 novembre 2018
Préoccupation du 07 octobre 2018 Dénia et son histoire du 23 novembre 2018
Installation du 08 octobre 2018 Visite du « Cap San Antonio » du 24 novembre 2018
Intégration du 11 octobre 2018 La fête des rois mages du 14 janvier 2019
Alimentation du 12 octobre 2018 Visite du marché artisanal de Jesús Pobre du 13 Janvier 2019
Acclimatation du 16 octobre 2018 Une journée ordinaire - le 19 Janvier 2019
Cuisine & gastronomie locale du 19 octobre 2018 Bénédiction des animaux du 20 Janvier 2019
Présentation de Dénia du 23 octobre 2018 V’là l’Printemps ! du 25 Janvier 2019
Sortie vélo du 25 octobre 2018 La mi-année des Maures et des Chrétiens du 23 février 2019
Présentation du Port de Dénia du 27 octobre 2018 Le point sur notre exil du 01 mars 2019
Sortie vélo du 28 octobre 2018 Ballade à L’ermitage du « Pare Père » du 06 mars 2019
Le point sur notre exil du 01 novembre 2018 Les Fallas des 16,17,18 et 19 mars 2019
Cuisine & gastronomie locale du 29 octobre 2018 Météo et végétation du 10 mai 2019
Visite de la « Torre del Gerro » du 07 novembre 2018 La fête de la Vierge des Désemparés du Dimanche 12 mai 2019
Visite du village fantôme « El Greco » du 08 novembre 2018 La visite d'Alicante du lundi 20 et mardi 21 mai 2019
Sorties vélo dans la « Marina Alta » du 10 novembre 2018 Le bilan de notre exil 2018 - 2019

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